Changer le Monde avec des poules
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Changer le monde avec des poules

La crise du corona virus est passé par là et avec elle son lot de bonnes résolutions. Résisterons-nous aux erreurs du passé ? Continuerons-nous cette consommation décomplexée où notre plaisir personnel prend le pas sur le reste ? Cet article n’est pas là pour pointer du doigt les méchants industriels ou les gentils consommateurs. Je ne suis pas là non plus pour moraliser notre monde actuel tel que nous le connaissons. Non, mon seul but, mon seul rêve, c’est de changer le monde avec des poules.

Nous sommes tous écolos

Aujourd’hui, on met l’écologie à toutes les sauces. C’est-à-dire, à proprement parler, presque partout. Nous souhaitons tous retrouver nos parcs et nos jardins propres, des plages sans plastiques, des mesures incitatives et non punitives pour nous reconnecter à la nature. Mais est-ce réalisable ou simplement idéaliste? Que l’on soit en ville, au cœur d’un village provençal ou dans les banlieues, l’écologie au sens large est un défi. Moi-même, je vis ce défi, depuis un an, jusqu’au plus profond de mon âme et c’est une sacré remise en question!

Un Poulailler au pied de mon immeuble

Il y a quelques mois, j’ai installé un poulailler participatif au pied de mon immeuble pour, en quelques sortes, racheter mes erreurs. Parce que comme tout le monde j’ai des faiblesses. Par exemple, j’achète des produits emballés pour que les biscuits restent bien croustillants, avec plusieurs emballages dans un même emballage. Je suis aussi adepte de certaines grandes marques très sucrées et grasses que je serai bien incapable de reproduire dans ma cuisine par manque de temps et de connaissance. De plus, je prends, parfois, des plats tout prêts alors que la recette contient plus d’une vingtaine d’ingrédients pour juste un cordon bleu ou pour des gnocchis.

Racheter sa conscience écologique

Ce poulailler, c’était un peu mon exutoire, mon repenti face à tout ces déchets que je génère malgré moi. Une poule peut picorer 100 à 150 kilos de restes alimentaires sur un an. Pas mal quand on en installe 10! Après le succès de ma première installation de poulailler participatif, je me suis dit pourquoi ne pas proposer d’autres poulaillers sur d’autres résidences du coin? Commence alors une longue préparation. Plaquettes de présentation, cartes de visite et autres flyers sont venu fournir ma malette de travail.

Prospection et pénitence

Hyper motivé,  j’attends la fin de mon contrat de travail pour me lancer dans l’arène. C’était sans compter sur le covid-19. Je ronge mon frein durant deux mois et en profite pour peaufiner mon projet. Enfin arrive le jour J: le déconfinement. Armé de mon vélo et d’un sac rempli d’espoir,  j’explore toute les résidences de Valence contenant une surface de pelouse qui pourrait accueillir un poulailler. En 9h de prospection, je distribue mes dépliants sur une vingtaine de résidences. Ma motivation sans faille me donne des ailes et malgré des remarques difficiles à entendre je continue ma route vers le zéro gaspillage alimentaire. Pourtant, cela n’a pas été tout rose. Voici un florilège des remarques reçues:

  • Ici c’est une résidence un peu bourgeoise vous n’avez aucune chance. 
  • Non merci mes voisins n’en voudront pas vous savez ici … (elle cherche un argument qui pourrait faire mouche mais n’en trouvant pas elle finit par me demander de partir)
  • Une personne me demande a l’interphone ce que je vends et à la fin de ma courte explication préfère raccrocher sans répondre. Ce n’est pas gagné!

Face à cette première journée je suis peut-être le seul à y croire. D’ailleurs, à entendre certaines personnes je suis fou ou attardé. Cependant, moi je me considère plutôt comme avancé dans un monde qui me dépasse.  Avoir des poules est-ce si stupide que ça? Pire, cela leur semble plus intelligent de continuer à remplir leur poubelle. Est-ce moi qui me plante avec mon idée de poulailler partagé ?

Changer le monde c’est difficile

Le deuxième jour j’ai plus de mal. Non pas que je n’y crois plus mais les petites remarques font écho dans mon esprit. Une nouvelle fois, Je sonne à un interphone pour me présenter. D’abord, j’explique brièvement proposer des solutions écologiques auprès des immeubles. Heureusement, cette personne m’ouvre la porte pour accéder au hall. Ensuite, j’appui mon vélo sur la rambarde de l’immeuble et entre furtivement. Personne. Je sais qu’au font déposer une publicité pour un poulailler cela n’est plus ni moins que de la publicité. Donc, un déchet. Oui mais comment faire autrement pour me faire connaitre ?

J’assume mal cette contradiction, cette intrusion dans les boites aux lettres. Les biens pensants pourraient dire que ce sont tout simplement des annonces publicitaires. Alors, me sentant gêné par cette pensée, je distribue rapidement mes flyers en prenant soin de ne pas en déposer dans les boites aux lettres ayant un STOP PUB. Mon crime publicitaire effectué je referme mon sac à dos. Heureusement, comme dans presque tous les halls d’immeubles que j’ai sillonné, je ne croise personne. Quand je croise un copropriétaire curieux, j’explique mon affaire et je sens bien l’abysse entre mon explication et les pensées de cette personne. Un mec en vélo vous disant vouloir mettre des poules en bas de votre appart… Il faut avoir un sacré argumentaire sinon c’est le bide assurée!

2000 bouteilles à la mer

Encore 600 flyers distribués. Depuis le début de mon périple, j’ai visité au moins 30 résidences, ou peut être même 50. Surtout j’ai distribué pas moins de 1000 flyers. Je ne compte plus les barres d’immeuble, les halls d’entrée, les boites aux lettres, ni les regards curieux. Honnêtement, je serais incapable de dire précisément combien mais, ce qui est sur, c’est que j’ai fait mon job. 

Comment proposer un poulailler collectif

C’est pénible de se dire que l’on tient un projet hyper écologique, pas cher et pourtant si dur à développer. A croire que c’est plus facile de ne rien faire. Comme si j’étais le seul à trouver ce concept original et pourtant tellement facile à installer. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire une proposition dans sa copropriété pour l’améliorer. L’installation d’un banc, d’une aire de jeux pour enfants ou même d’un composteur, tout est possible. Pour cela, il vous suffit simplement de contacter le syndicat en charge de l’immeuble et de faire des propositions. Ensuite les propositions sont votées lors d’une assemblée générale. Rien de plus simple, chaque copropriétaire vote à main levé et à la fin on fait les comptes.

voter assemblée générale

Ma folle proposition pour changer le monde

Lors de ma proposition à notre syndic de copropriété, il y a un an de cela, je dois avouer que je n’en menais pas large. Personne n’y croyait, pas même ma campagne Monica. Le soir de l’assemblée générale, je m’y suis rendu la boule au ventre. Répondre aux attentes des personnes présentes n’était pas chose aisée. Une chance, je connaissais mon projet sur le bout des doigts et personne, lors de l’assemblée, n’a réussi à me déstabiliser. Passé les quelques minutes de débat ouvert, l’agent en charge de la réunion de copropriété m’invite à m’asseoir et nous passons au vote. Roulement de tambour … Monica sceptique me disait elle-même « ton projet est génial mais tu va te prendre un mur ».

Une attente insoutenable

L’agent commence par les votes contre. A ce moment là, je ne sais pas à quoi m’attendre. Si les contres l’emportent, j’attendrai simplement la fin de la réunion avant de me lever pour partir, en même temps que tout le monde, en prenant bien soin de regarder mes pieds. Car, bien sûr, je sais qu’au delà de 50% de contres mon projet ne verra jamais le jour. Ni ici ni ailleurs. C’était mon pari ! Après toute mes longues démarches administratives et mes journées passées à prêcher la bonne parole… Si dans ma propre résidence les gens sont contre à quoi bon essayer ailleurs? Bien entendu, si le contre l’emporte, je ne leur en voudrais pas. Je me dirais simplement: “Bastian, tu as essayé, maintenant fini de rigoler. Demain le réveil sonne pour aller bosser.”

Changer le monde pour changer mon monde

Les secondes s’égrènent lentement. Environ 5 ou 6 personnes lèvent la main. Comme je suis placé près des premiers rangs, j’ignore qui lève la main et surtout leur nombre, s’ils ont des procurations ou non. Mon amour propre fait que je n’ose pas me retourner et voir dans les yeux ceux qui votent. J’aurais, je l’avoue, un peu de mal à voir des connaissances s’opposer à mon projet. L’agent rentre les votes contre sur son ordinateur puis passe aux votes pour. Je sais que mon projet se joue maintenant. Soudain, je vois quasiment toutes les mains se lever. Stressé comme à une remise de diplômes, tant que le vote n’est pas fini je reste sur mes gardes.

Une victoire inattendue

Pourtant a la fin malgré que le vote soit clairement approuvé, je n’arrive pas à digérer la victoire. Cela semble tellement fou. Un nordiste arrivé il y a seulement quelques années dans la Drôme arrive, en quelque mois, à faire installer un poulailler dans une résidence privée. Derrière moi j’entends des gens applaudir. C’est officiel je suis sur un petit nuage et encore plus motivé à changer le monde! Monica, a qui je transmets l’information, n’y croit pas non plus. Commence alors la seconde étape, l’installation du poulailler. Ce premier poulailler sera, je l’espère, le début d’une longue aventure pleine de promesses.

poulailler participatif

Le meilleure pour la suite

A Valence,  une fois la ville ratissée de long en large je m’arrêterai pour prendre le temps de réfléchir. Me mettre face à mes questionnements pour les examiner, pour regarder derrière moi, et me dire que maintenant l’idée est dans les mains des copropriétaires et eux seuls. Je pense vraiment que n’importe qui aujourd’hui peut, à son niveau, faire avancer les choses.

J’espère vraiment changer le monde avec des poules…Juste avec 10 poules. L’avenir me dira si j’ai eu raison d’y croire ou si ma folie était juste « sympa» !

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